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Un orchestre à ne pas manquer !

         Les Rois du Fox-Trot

Un concert comme on en voit peu...

Retour aux origines des Big Bands avec une filiation bien marquée du New-Orleans, source de tous les styles qui ont suivi; des orchestrations du grand saxo Nicolas Montier exécutées par des instrumentistes de grande classe...trombone et trompettes rendant hommage au phrasé "jungle" de ceux du Duke de la fin des années '20 et des saxs superbes !

Et une section rythmique swinguante à souhait...

A ne pas manquer s'il passe près de chez vous !

Clicker à gauche pour un aperçu de tous ces talents.

                

   CROISIÈRE « JAZZ’EN MER » 2018

                                               un océan musical !

Comment parvenir à résumer par des mots jetés sur le papier une douzaine de jours d’émotions musicales ?

Avant d’oublier, mais nous étions tout de même en croisière, quelques mots sur le côté touristique ; partis de Marseille, nous avons longé les côtes espagnoles avec une escale à Valencia ; puis après le passage des colonnes d’Hercule aperçues à la tombée du jour, escale à Casablanca avant de découvrir Madère et les Canaries ; le retour nous a conduit à Cadix et Malaga avant de retrouver « la Bonne Mère.

 

L’ambiance sur les ponts, à table et surtout aux bars, était à la musique et quand la musique est du Jazz, à la fête ! Des amateurs de tous âges, mais plutôt « seniors » ; n’hésitant pas à danser là où il y avait un peu de place…Car c’est la place qui manquait souvent autour des jams et du Jazz Club ; par contre une organisation sans faille nous a permis d’assister à toutes les soirées-concert sans problème, les orchestres jouant en 2 sets « similaires » successifs, ce qui permit à certains acharnés de constater que souvent les improvisations étaient fortement différentes d’un set à l’autre…c’est aussi ça le Jazz !

Un point pour commencer qui ne souffrira pas de contestation : le travail de Jean-Pierre Vignola parvenant à réunir la fine fleur du Jazz français ; comment s’étonner alors qu’avec des musiciens de ce calibre, solistes et improvisateurs de talent, les diverses formations présentes lors de cette croisière nous aient procuré cette profusion de moments qui auraient méritées d’être enregistrés et diffusés par des professionnels de l’audio et de la vidéo ?1

 

Chaque jour ou presque, nous avons eu droit à deux jam sessions « apéro-Jazz », un concert d'une heure environ au théâtre suivi d’une jam au Jazz-Club jusqu’au bout de la nuit. Impossible donc de faire un compte-rendu exhaustif de ces si nombreuses heures de musique ; mais à noter qu’il n’y a pas eu pratiquement de « passages à vide ». Il paraît incroyable que cette trentaine de musiciens soit parvenue à conserver un tel niveau, tout au long de la croisière et quelles que soient l’heure et les circonstances !

On ne peut mentionner que quelques moments-clés, des instants « magiques » où nous avons entendu des interprétations d’anthologie. Qu’il soit clair que cet article ne porte aucun jugement de valeurs car, même si j’écoute du Jazz depuis plus de 50 ans, je ne suis pas musicien et je n’ai pas la prétention de faire une critique, mais seulement la relation de ma perception…

 

Ainsi une interprétation de Blue and Sentimental  par Nicolas Montier au saxo-ténor, à faire sortir de sa tombe Herschell Evans pour l'applaudir ! Car non seulement son saxo-ténor nous rappelait par la profondeur et la beauté du son celui que nous avons tous dans l’oreille, mais il a multiplié les chorus, avec une imagination et une souplesse qui ne nous a pas fait regretter la clarinette de Lester Young. Il jouait au sein du Paris Swing Orchestra de Marc Richard, dont la qualité n’est plus à démontrer et qui a peu de rivaux, en France et ailleurs… Au cours du même concert, Nicolas Montier nous a fait revivre les grands duels de ténors « à la Count Basie » dans une joute amicale et étourdissante avec Pierre-Louis Cas, ces deux superbes musiciens récidivant avec de nouvelles interprétations incroyables, lors des autres interventions de l'orchestre.

C’est pour moi l’occasion de parler de ce Paris Swing Orchestra (P.S.O.) : un orchestre exceptionnel où les sections (cuivres et anches) sont uniquement composées de solistes-improvisateurs, comme les arrangements du chef Marc Richard et de Jean-Pierre Dumontier nous l’ont démontré, en offrant à chacun « son » titre ; une succession de prestations sans fausse note, c’est le cas de le dire. Tous, à un moment ou à un autre, ont brillé : depuis le benjamin Malo Mazurier jusqu’au doyen Marcel Bornstein tous deux à la trompette. Mais ce qui épate, c’est que ces brillants musiciens, souvent chefs d’orchestres eux-mêmes, sont suffisamment humbles et amoureux du Jazz pour participer à fond aux arrangements écrits de leur phalange, sans rechigner : il n'y a pas de « divas » au P.S.O. ! Marc Richard à la baguette et au sax-alto fait un sacré travail depuis bien longtemps… Pendant cette croisière, l'orchestre aura animé trois soirées : la première étant celle des grands ‘big bands’ du style Count Basie, Duke Ellington et consorts, la seconde avec le guitariste Romane en ‘guest star’, cet artiste exceptionnel intervenant soit seul en solo, soit dialoguant avec les autres instrumentistes ; la troisième soirée était dédiée aux ‘big bands’ avec chant, style Lunceford, mais aussi Basie, cette dernière prestation nous ayant procuré des interventions de Nicolas Montier et « Pilou » Cas à faire tanguer le navire encore plus…

Nicolas Montier, changeant d'instrument, nous a également joué, lors de jam-sessions, quelques chorus de guitare qui nous ont laissés pantois ; et modeste avec ça, étonné et trouvant « adorables » nos appréciations ; un grand monsieur !

Côté saxo-ténor, certains de ses collègues avaient noms Claude Braud, « Pilou » Cas, Philippe Chagne, Carl Schlosser entre autres ; ces derniers nous ont offert un concert original où ils se sont mesurés, accompagnés par une section rythmique bien swinguante (j’y reviendrai) : globalement de très belles joutes, mais il y eut un ou deux morceaux avec des « échappées » vers des terres musicales sortant de l’esthétique à laquelle nous sommes habitués ; effet de l’oreille d’un non-musicien comme moi ? Pas sûr, car Jean-Pierre Bertrand fit lui aussi quelques remarques qui ne plurent pas à tout le monde…Ce qui me rassura sur mon oreille ou mes penchants musicaux…

 

Mais ce qui est à noter, c'est que quelques heures plus tard, dans une jam menée par le même Jean-Pierre Bertrand, certains de ces musiciens nous offraient des blues de toute beauté, sortant du fond des tripes, en particulier Carl Schlosser. Comme quoi, un leader, un environnement peuvent influencer fortement les musiciens. Un clin d’œil de Jean-Pierre, un petit sourire de connivence et nous nous retrouvions dans les rails de notre musique, faite pour danser et taper du pied sans se faire des nœuds au cerveau et rivaliser d'accords tarabiscotés appréciés des seuls techniciens de la musique… Et puisque nous parlons de quelques moments un plus faibles, il y eut aussi de l’accordéon « bal musette » par Dominique Vernhes, musique qui n’est pas ma tasse de thé (et pourtant je l’admire au saxo ténor) ; également un Philippe Duchemin qui nous a conduits vers Bach et la déferlante d’Oscar Peterson, alors qu’il est si bon quand il joue dans un cadre plus classique et swinguant ; sans compter un bongo envahissant dans nombres de jams… Mais il en faut pour tous les goûts ! Rien de plus subjectif que l’Art, y compris musical, donc ces considérations n’engagent que moi.

 

Nous eûmes par contre un autre moment fort avec le P.S.O. : Michel Bonnet, dont le son superbe nous a régalé tout au long de la croisière, nous a démontré ce soir-là à quel point il avait assimilé le style de Rex Stewart en jouant des pistons mi-abaissés, et s'étonnant qu’on lui en fasse compliment. Encore un grand monsieur…

Il y eut aussi une soirée Jean-Pierre Bertrand avec son Boogie System, un ensemble rodé comme un moteur de Rolls-Royce, sous l’impulsion de maître Jean-Pierre : impossible de citer un musicien plutôt qu'un autre, tant ils volaient haut, avec entre autres des blues ‘low down’ nous faisant croire que étions non pas en mer, mais sur le Mississippi.

L’un des membres du Boogie System, Guy Bonne, à la clarinette, se retrouva pour une jam, dans le rôle de Benny Goodman, et quand on sait que Nicolas Peslier tenait celui de Charlie Christian, son idole, on peut imaginer comment ils interprétèrent les standards de ce groupe mythique où ne manquait que le vibraphoniste. Lorsque, un peu plus tard, Dominique Vernhes se joignit à eux, avec son saxo à la sonorité si chaude, ses phrases qui racontent une histoire et qu'il transpose en ondulations corporelles tant il vit sa musique, ce fut encore un grand moment de cet « art de l’instant » qu’est le Jazz.

Nicolas Peslier, présent dans différents orchestres, nous a gratifié de solos qui ont dû ravir les mânes de Charlie Christian et Tiny Grimes, rien de moins. Avec Mem’Ory,  il s’est payé le luxe de nous donner l’illusion que Lonnie Johnson ou Teddy Bunn étaient sur scène. Quel grand guitariste nous avons là !

 

 

 

Quant à Claude Braud, il est notre « Texas ténor » bien à nous : quelle que soit la formation, quels que soient ses partenaires, il a fait preuve d'un son d’une ampleur unique, avec un « growl » plus ou moins accentué mais toujours là, et de phrases scandées, expressives, sans fioritures, au swing dévastateur. Quand on ajoute à cela sa gentillesse et sa disponibilité, comment ne pas l’admirer et l’aimer ? Qu'il arrive dans une jam en solo, ou dans Megaswing en dialoguant  avec « Pilou » Cas, nous avons devant nous LE saxo-ténor « velu », accrocheur qui vous conduit au paroxysme du swing en quelques mesures : Claude Braud, c’est un rugissement qui vient du tréfonds de son être ! Quand se joignent à lui "Pilou" Cas et J-P Bertrand, cela donne un St Louis Blues explosif...

Un autre musicien que nous avons la chance d’avoir en France : Patrick Bacqueville et son trombone : quelle que soit son admiration pour Lawrence Brown (nous avons eu à ce sujet une intéressante conversation…), c’est J-C Higginbotham, Sandy Williams et Dickie Wells qui sont ses racines… Et quand il prend un thème du susdit Lawrence, oserais-je le proclamer, il le joue avec plus de swing que son modèle, quoiqu’il en dise… Pour couronner le tout, dans sa formation Mem’Ory, il se permet de jouer dans le style ‘tailgate’ du Kid : quelle maitrise et quelle assimilation du langage. Et quelle homogénéité dans cette formation avec Michel Bonnet, Guy Bonne et les autres… À un autre moment, lui et ses anciens Gigolos nous ont fait revivre les standards de Disney mis à leur sauce, et un peu plus tard, lors d’une exceptionnelle jam ‘after hours’, ont repris le répertoire de Louis Prima, avec le chant d'une Pauline Atlan parfaitement intégrée et complice. À noter que le pianiste Jean-Marc Montaut réintégrait la formation après dix ans d’absence : il lui suffisait de demander « le titre et la tonalité »…et c’était parti pour le plus grand plaisir de l’assistance qui en redemandait…

A ce stade, une remarque me parait importante : aucun de ces musiciens ne joue « en duplicata » d'un grand ancien ». Et si leur inspiration vient de ces grands maîtres aujourd’hui disparus, ils n’en font pas de pâles copies ! Ils ont leur propre style, leur propre langage : Nicolas Montier joue du Nicolas, Michel Bonnet joue du Michel, etc… Les racines sont perceptibles, mais chacun y ajoute sa personnalité, son inspiration. Et tant mieux s’ils nous rappellent ce que nous avons si souvent entendu par les disques. Ils sont les témoignages vivants de ce que notre Jazz n’est pas mort…loin de là.

 

Et la génération suivante arrive avec un Pascal Mucci à la batterie jouant avec son père, le grand Enzo à la guitare (le « Freddie Green du P.S.O. ») ou à la contrebasse, un César Pastre au piano montrant qu’il est le digne fils de Michel, chacun nous laissant présager qu’on n’en a pas fini avec le Jazz qui swingue…

 

A mettre également au crédit de ces musiciens : leur disponibilité pour discuter, leur écoute… Ainsi, un jour au moment de l’apéro, me trouvant au soleil sur le pont, je me sentis suffisamment en confiance pour suggérer que nous n’avions pas été jusque-là submergés par de bons vieux blues… Approbation de certains et coïncidence ? Le soir même nous avions droit, lors des deux jams, à une succession de classiques du bayou ou de Chicago, sur divers tempos, dont quelques ‘low-down’ à hérisser les poils…

Il y a eu aussi d’autres individualités qui nous laisseront un souvenir inoubliable, comme Romane, qui en petite formation, au sein du P.S.O. ou en Jam, nous a régalé de sa musicalité et de ses improvisations qui toujours racontent une histoire ; Django n’était pas loin …

Il serait trop long de parler de tous les musiciens présents car tous le méritent, et il me faudrait des pages et des pages ; mais je ne pourrais oublier un Philippe Chagne au ténor et Pierre Guicquero au trombone toujours présents dans les jams, et avec quels talents, ou un Gérard Messonnier à l’alto et au chant, truculent, ou encore un Carl Schlosser au ténor qui nous a gratifié un soir d’un « Gee, Baby… » à tomber de sa banquette…et les solos de Nicolas Paeslier et de J-P Bertrand ne sont pas moins prenants...

Et parents pauvres mais pas tant que ça, les « obscurs » de la rythmique avec un Vincent Cordelette, grand maître des tambours, un Stéphane Roger omniprésent, si attentif aux solistes et si musical dans ses interventions, un Michel Senamaud aussi à l’aise dans le Big Band que dans le style New-Orleans ; et puis Gilles Chevaucherie, unique dans ses accompagnements et ses solos qui soulevaient la salle dans une « Chevaucherie fantastique » avec le P.S.O, le maître !

Il y eut aussi pour les longues après-midi en mer trois conférences présentées par Jean-Paul Boutellier sur le Jazz et les origines, les femmes, la danse, avec de superbes vidéos et des commentaires pertinents évidemment de la part d’un connaisseur.

Je conclurai en disant que cette croisière a tenu toutes ses promesses et a ravi les amateurs non seulement par la qualité musicale mais aussi par la convivialité avec ces musiciens, si abordables et modestes dans la vie quand ils sont si grands sur scène.

Festival de Laroquebrou 2018

Quelques vidéos ...

Festival Beaune Boogie Blues

                Décembre 2018

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